mardi 28 avril 2009

La capselle dans le sable

Une colonie de Capsella bursa-pastoris dans un carré de sable

La capselle bourse-à-pasteur a une distribution mondiale: elle est cosmopolite. Elle est utilisée et familière aux humains depuis le Néolithique. Peut-être à cause de la forme si singulière des silicules, de sa “domesticité” (elle vit près des maisons, des cultures et des chemins) et de sa saveur propre à relever les mets (comme bien d’autres espèces de la famille de la moutarde).

Les petits fruits (on dit silicules pour cette famille) en forme de coeur ont déterminés des usages médicinaux liés à la doctrine des signatures. Le coeur étant évidemment associé aux peines d’amour et à la circulation sanguine. On en a fait un “médicament” contre l'hémorragie ou les saignements et un “philtre” pour contrer les peines d’amour. Ces usages ont été déterminés par la culture dans laquelle ils se sont inscrits. Le nom même suppose qu’il y ait des pasteurs et des troupeaux à mener.

Les plantes introduites au Nouveau-Monde par les européens ont vite colonisé le territoire. Ainsi la plante est connu chez les peuples autochtones en Amérique du Nord mais pour des vertus qui n’ont rien à voir avec celles que les Européens lui prêtaient. Pour les autochtones elle soigne les crampes et la dysenterie. Ils l’utilisaient aussi pour se laver de l’herbe à puce, une plante du nouveau-monde, inconnue des européens.

Pas d’herbe à puce, pas d’anti-herbe à puce. Pas de pasteur, pas de bourse de pasteur...

Où les différentes cultures se rejoignent dans l’appréciation de la petite plante c’est dans la cuisine. Quant à nous, urbains contemporains, nous n’avons pas la moindre idée de la riche histoire humaine et naturelle de la bourse-à-pasteur. Nous ne voyons tout simplement pas la plante. Avec nos actuelles obsessions gastronomiques peut-être en viendrons nous à nous intéresser à la plante et son terroir: le milieu urbain.




lundi 27 avril 2009

Aller aux fraises

Sous le trait rouge: un fraisier. Photo 2008.

On associe habituellement pas la belle fraise avec un endroit aussi malfamé! Comment ce plant s’est-il retrouvé là? Je n’ai pas la réponse, mais il y a un jardin communautaire à un coin de rue. Qui n’aime pas les fraises? Les oiseaux et les souris les aiment bien, eux aussi...peut-être sont-ils responsables de cet autre jardin communautaire en transportant le fruit et ses graines.


Attrape-plante 1

Pourquoi faire un jardin, quand c'est le jardin qui nous fait?


L’idée d’un attrape-plante vient de ce bac à fleur sur mon balcon. Je n’y plante rien depuis une bonne dizaine d’années. C’est donc une invention qui s’est fait toute seule. J’ai laissé aller les choses années après années. Ma seule intervention a été de lui trouver un nom: attrape-plante.

Je vous invite à en faire un: prenez un grand contenant, emplissez-le de sol, placez-le sur votre balcon, sur le toit ou comme élément décoratif XXIe siècle au beau mileu de votre terrasse. Si cela est trop de travail vous n’avez qu’à négliger un de vos un bacs à fleur. Vous contribuerez ainsi sans effort à la conservation de la biodiversité urbaine!

Comme leçon élémentaire de botanique urbaine, c’est parfait! Ça coûte quatre sous et ne requiert aucun entretien. Si vous vous en faites un vous n’aimerez pas toujours ce qui s’y retrouvera! Et peut-être que, comme moi, vous en prendrez soin, en arrosant de temps en temps. Ce bac est en effet petit, peu profond, en plein soleil et au grand air!

Le vent, les oiseaux et les écureuils seront vos architectes du paysage. Quelle équipe!

Les premiers végétaux qui s’installent (si c’est assez humide) ce sont des mousses. Sur la photo ci-haut les écureuils, qui n’ont aucun respect pour mes désoeuvrements scientifiques, ont perturbés le beau couvert de mousse. La potentille de Montpellier ne semble pas avoir survécue à son troisième hiver. Je ne sais pas si le plantain majeur aura réussi à se ressemer. La plupart des petites germinations sont de Bidens frondosa (le bident feuillu). Le reste sera une surprise!

Pour l’instant c’est pas trop joli, mais je vous montrerai plus tard ce qui arrivera...


dimanche 26 avril 2009

Hêtre ou ne pas être




Bronwyn Chester lors d’une visite guidée du Champ des Possibles




J’avoue ma méconnaissance des arbres. En la matière je me réjouis de mon ignorance parce qu’elle me donne l’occasion d’être informé par une arbrophile. Pas du genre qui s’enchaîne aux arbres mais plutôt de l’espèce à nous les rendre très attachants!

Bronwyn Chester organise des visites guidées durant lesquelles elle nous présente généreusement les arbres d’un lieu donné. Sur la rue Laval, le campus McGill ou au Parc Lafontaine, la variété d’arbres est toujours plus grande que l’on croit. Et Bronwyn a tout l’art de situer ces arbres dans l’histoire du quartier et des modes horticulturales qui expliquent leur présence. La contextualisation inclus ses notes et observations sur les usages des arbres, de leur écorce, de leurs fruits. La place qu’ont occupé les arbres dans un passé pas toujours lointain est mise de l’avant. Comme mode de découverte et de réappréciation des nos grands voisins feuillus c’est efficace.


Elle aussi participe aux “Jane’s Walk” et présentera avec Aline Grenon et moi-même “Le sud du Plateau: Roche, papier, ciseaux, allumettes”, dimanche le 3 mai. Informations.





L’homme qui remonte le temps

À gauche Charles, accompagné de voyageurs temporels.

J’ai vu une femme qui courrait à reculon! Quand elle fût rendue derrière moi je me retournai et sur son T-Shirt on voyait “Training for 2007”. Je sais pas ce qui est arrivé en 2007 (un marathon de l’amnésie?) mais courrir à reculon permet-il de remonter le temps?

Charles L’Heureux ne courre pas mais vous ammène faire vraiment un tour dans le passé. Il faut pas mal de détermination pour arriver à retrouver les traces amérindiennes sur l’île de Montréal. L’homme de terrain analyse la topographie et les documents historiques et reconstruit hier et avant-hier. Pisteur de l’intermittence et indicateur du vestigiel, il suit les ruisseaux et les sentiers amérindiens reconstruits et vous en fait la narration sur le champs.

Il participe aux événements Jane’s Walk et vous présentera “ Sur les traces des Amérindiens de la montagne” samedi le 2 mai. Informations.


samedi 25 avril 2009

Signes du printemps 16

Sur le Mont Royal aujourd'hui.

Avec quelques autres plantes, la sanguinaire (Sanguinaria canadensis) est l’emblème du printemps sur la montagne. Comment a-t-on fait pour la nommer sanguinaire cette fleur blanche? Non ce n’est pas qu’elle soit saignée à blanc...c’est son latex qui est coloré. Elizabeth Báthory s’habillait aussi de blanc...

Le grand bombyle (Bombylius major) est un Diptère (une mouche). Il vole avec ses grandes pattes étroites qui pendent et il a une longue trompe qui lui donne l’allure d’un gros moustique poilu et dodu. C’est une mouche-abeille et ses larves consomment le miel et les larves des abeilles sauvages. L’adulte se nourrit de nectar tôt au printemps. Ici il est sur une fleur de Chionodoxa. Cette colonie a été introduite sur la montagne.

L’asaret (Asarum canadense) appellé aussi gingembre sauvage à cause du goût du rhizome. Pas de chance: j’ai vu quelque fois des gens le récolter sur la montagne. On s’inquiète avec raison des vélos de montagne qui font des ravages. On devrait aussi s’inquiéter des usages “softs” (médicinaux, culinaires) des espèces sur la montagne ...



vendredi 24 avril 2009

Signes du printemps 15


Les “mousses” (bryophytes) sont des plantes mais elles ne sont pas des plantes à fleurs. Ici ce sont des sporanges (capsules contenant des spores) qui sont l’appareil reproductif des bryophytes. Je ne connais rien à la bryologie mais je crois qu’il s’agit de Ceratodon purpureus. Une mousse commune en milieu urbain qui colonise les petits coins humides.

Le chardon, bien fièrement élancé l’été est en fait une plante frileuse. Les poils blancs assez denses la protègent du froid et, surtout, je crois qu’il n’y a pas de plantes croissant aussi littéralement plaquée au sol tôt le printemps...complètement aplatie. Une stratégie contre le vent froid encore.

L’onagre (pas l’âne sauvage) profite du soleil fort et lance ces feuilles rougies. La peau de chagrin de Balzac (fait avec la peau d’un âne) rétrécit avec chaque souhait. Notre plante, elle, prendra de l’expansion tout l’été. Elle atteint plus de 2 mètres. Enfin...je le souhaite!

Chez la (gentille) dentiste

Coronilla varia

Je suis allé me faire interviewer par Isabelle Maréchal ce matin. Attentive et pro! Pour ma part, exactement comme je le craignais...j’ai perdu mon latin...Confondre Artemisia et Ambrosia artemisiifolia (l’herbe à poux, faut le faire!)...parler au mur plutôt qu’au micro...une dose de café insuffisante probablement...enfin...trouvez l'entretien ici:




video 



Ajout illicite de couleur


Une pensée pour la petite pensée sauvage et cultivée, la violette, johny-jump-up, heart’s-ease, sanshiki-sumire, etc. la plante aux nombreux visages et aux mille noms.

Mon livre arrive en librairie aujourd’hui. Il s’ajoute aux couleurs illicites du milieu urbain.


jeudi 23 avril 2009

Signes du printemps 14

Trifolium pratense

Les trèfles sont des espèces colonisatrices efficaces. Ils se contentent d'un sol pauvre et ont croissance rapide. Comme ils sont vivaces ils reprennent la croissance tôt au printemps, ce qui est un avantage sur les autres plantes. Ils font d’excellents couvre-sol: regardez les tiges rampantes du trèfle rouge qui s’étendent dans toutes les directions.


Signes du printemps 13

Chelidonium majus

Une colonie de chelidoines est présente à cet endroit depuis quelques années. Les travaux d’aménagements ont perturbé et dénudé le sol. Cela a permis à la colonie de s’étendre sur cette pente qui a été refaite l’an passé.


Signes du printemps 12

Lentille cultivée

Quelques plantes trouvées dans le paillis d’une plantation d’arbres récente, c’est une nouvelle espèce dans le quartier pour moi. Les feuilles composées de folioles, les stipules au point d’attache de la feuille à la tige et les vrilles en font une plante de la famille du pois (Fabacées). Cela ressemble à une vesce (Vicia) mais ces plantes ont ont des folioles opposés. La tige est anguleuse, les folioles sont alternes et les vrilles simples: cela ressemble assez à Lens culinaris (lentille cultivée).


mardi 21 avril 2009

La falaise Saint-Jacques 4

On aperçoit à la droite de chaque image la falaise Saint-Jacques dénudée.
À gauche: H. Rémillard,1961, BANQ. À droite: H. Rémillard,1970, BANQ.



Vues aériennes lors de la construction de l'échangeur Turcot.
À gauche et à droite: Gabor Szilasi,1967, BANQ.

J’ai trouvé quelques photos nous donnant (par inadvertance) quelques aperçus de la falaise Saint-Jacques. Jusqu’à récemment c’était une véritable chute à déchets. Elle a été complètement dénudée pendant quelques décennies en jugeant d’après les photographies. Le boisé qu’on y trouve aujourd’hui est un mélange d’espèces colonisatrices spontanées et de plantations dans les années 80.

Mon projet de réserve de biodiversité urbaine (quel acronyme cela fait: REBU!) pour l’endroit n’est pas trop dans le champs...la falaise est déjà un terrain vague préparé à cette fin! En effet rien n’oblige qu’un terrain vague soit plat...une pente rocheuse anthropisée est simplement un terrain vague non-plat. Pourquoi ne pas continuer le bon travail et préparer les terrains vagues à son pied?

Si je comprends bien la notion d’écoterritoires, il s’agit de territoires écologiques virtuels. Des espaces inutilisables à d’autres fins que l’on aménage ensuite afin d’en faire des espaces verts à consommer. Un écoterritoire se situe entre un parc naturalisé et une friche aménagée.

Poussons un peu plus loin l’idée: il semble que ce soit assez simple et économique de convertir une friche urbaine en REBU par des ouvrages de préparation minimaux. La “rentabilité fiscale” est amplement compensée par le gain en biodiversité spontanée gratuite et les bienfaits généraux sur la santé des montréalais offerts par tout espace vert.


lundi 20 avril 2009

Signes du printemps 11




Les pissenlits sont en fleur depuis quelques jours déjà. La racine sous l'asphalte chaude et tout contre un mur exposé plein sud: la plante fleurit quelques jours avant celles en situation exposée à l'air et au sol plus froids.


Signes du printemps 10


Une germination générale dans le ballast de la voie ferrée.


Signes du printemps 9

À gauche: salsifis majeur. Au centre: salsifis des prés. À droite: Cirsium sp.


La ressemblance des Tragopogon (salsifis) avec des Tillandsia tropicales m'a conduit à apprécier l'architecture végétative de ces mauvaises herbes. Les feuilles habituellement droites ou ondulées servent à distinguer les deux espèces croissant souvent dans le même habitat.


Signes du printemps 8

À gauche: bardanette épineuse. Au centre: lotier corniculé. À droite: vipérine commune.


Sur le côté de la voie ferrée. Le lotier est vivace et reprend à la base des tiges desséchées de l'an passé. L'extrémité des feuilles de la vipérine a souffert de l'hiver. Sa cousine la bardanette est-elle aussi une bisannuelle?

Signes du printemps 7

À gauche: cela semble bien un Lepidium. Au centre un onagre qui reprend
de la santé. À droite: je suis pas certain!


Le verdissement du milieu urbain n'offre pas l'imagerie habituelle du printemps. Les plantes reprennent la croissance dans un sol sec, sale et poussiéreux. Jusqu'à maintenent les photos des premières plantes ont été prises sur les trottoirs, dans un terrain vague et à la voie ferrée. Pas de belles pelouses avec des bulbeuses en fleur! Comparez avec les photos affichées plus tôt: les plantes prennent en couleur. Et cela ne fait que commencer!


samedi 18 avril 2009

La falaise Saint-Jacques 3



La réserve de biodiversité urbaine de la Falaise Saint-Jacques?

L’endroit est l’objet de toutes sortes d’attentions et de projets. La réfection de l’échangeur Turcot, les groupes de citoyens qui manifestent (avec raison) leur opposition, des développeurs de la gentrification, le super-hopital McGill tout à côté, les projets mous de la ville sur cet “écoterritoire”...et mon grain de sel. Je suis membre de la SCTV et j’ai, moi aussi, des vues sur l’endroit. Et comme les projets trouvent un écho proportionnel à leur grandeur et leur fastes dépenses voici le mien:

Du point de vue écologique, on souligne la position géographique stratégique de la falaise entre les rapides de Lachine et le mont Royal. Ce n’est pourtant qu’un étroit ruban de forêt anthropisée et en mauvaise santé. Partant de cela par contre, l’occasion est belle d’établir une réserve de biodiversité urbaine. Un “écoterritoire” qui seraient plus grand que la falaise Saint-Jacques, élargi par son complément “historique” qu’est le lac enfoui et par l'annexion de l’espace “post-industriel” de la cour de triage convertie en pré.

Afin de timidement valoriser la falaise, le site “Nature en ville” de la Ville de Montréal a publié l’énumération des espèces d’oiseaux qui la fréquentent. Cette liste est trompeuse toutefois. Ainsi, les trois dernières espèces de la liste (l’épervier de Cooper, la buse à épaulettes et la crécerelle d’Amérique) s’y trouvent grâce au milieu ouvert de la cour de triage désaffectée, pas de la falaise. Ces oiseaux de proie n’ont guère à voir avec la forêt. Les espèces emblèmes sont donc mal choisies pour un éventuel écoterritoire se limitant à la falaise...mais elles laissent entrevoir un élargissement possible de l’idée! Sans un milieu ouvert pour chasser, ces rapaces ne se trouveraient tout simplement pas là.

Et ce mileu ouvert...c’est cet endroit qualifié de honteux vu de la perspective de l’aménagement urbain: l’ancienne cour de triage ferroviaire. Cette perspective se conforme malheureusement totalement avec celle des développeurs de toutes sortes et même aux intérêts fonciers de l’administration municipale. Comme si ce n’était pas assez il y a les projets colossaux et passéistes du Ministère des Transports, entièrement dédiés à l’automobile. On fera grosso-modo le même système d’échangeurs, mais à plat sur le sol. L’espace ainsi dévoré sera aussi énorme qu’avant la réfection. Les discours sur la conservation de la biodiversité semblent se creuser plus rapidement que le lac à la Loutre...


Les rapaces (et le drôle de moineau qu’est votre humble serviteur...) ne sont pas d’accord avec cette dépréciation des terrains vagues. Le chardonneret jaune et le carouge protestent et s’ajoutent aux oiseaux observés. Sont-ils trop communs pour témoigner? La biodiversité est-elle l’assemblage de nos seules espèces préférées?

Pourquoi ne pas considérer ces espèces végétales comme porte-voix du projet: Echinops sphaerocephalus et Centaurium erythraea, elles sont aussi rares que d'autres...mais elles ne sont pas "indigènes". Et vous? L'êtes-vous?

Imaginons un instant la liste d’oiseaux (et de plantes et de mammifères, etc.) que l’on pourrait dresser avec un lac cerné d’un milieu humide à cet endroit. Une connection avec le canal Lachine nous donnerait une Petite Venise Écologique...Un tour de canoë pour voir les hérons, ça vous intéresse?

Une nouvelle catégorie de “grand parc” s’esquisse toute seule parallèlement à nos projets. La voie est montrée vers une nature urbaine “pré-adaptée”, spontanée et résiliente. Il nous est possible d’envisager cette mixité d’habitats naturels (ou presque) avec une variété morphologique propre au milieu urbain et son histoire. Une falaise-forêt surplombant un lac relié au canal Lachine, le tout au milieu de grands espaces ouverts...Et d’y laisser, sans aucune autre intervention que cette “préparation” des lieux, la nature se charger de “peupler” l’endroit. Une nature avec les humains, les humains dans la nature. Sans frontières.

La biodiversité que l’on obtiendrait ainsi ne serait déterminée que par son dynamisme et ses règles propres. En regard d’un milieu en bonne partie déterminé par les comportements humains. Ce serait la reconnaissance d’un écosystème urbain qui s’ébauche pourtant constamment à nos côtés mais auquel nous nous obstinons à nier la réalité. Les humains peinent toujours à voir leur nature...



La falaise Saint-Jacques 2

Vu de la pointe ouest de la falaise.
À gauche la rue Sainte-Anne-de-Bellevue et à droite le chemin Pullman.

Comment s’y rendre?

Une bonne façon de s’y rendre est de prendre l’autobus 90 ouest à la station de métro Vendôme. Descendez à la fourche de Saint-Jacques et Sainte-Anne-de-Bellevue et marchez en descendant la côte. Vous vous trouverez ainsi à la pointe extrême ouest de la falaise. Vous pouvez emprunter de ce point la rue Pullman au pied de l’escarpement. De cette rue vous choisissez ensuite votre point d’entrée dans la forêt. Une marche 3-4 kilomètres en direction du centre-ville. Au retour les autobus 37 ou 78 au coin Saint-Rémi et Saint-Jacques vous ramèneront à la station de métro.

Voyez plus bas (16 avril) le lien vers la carte de l'endroit.



jeudi 16 avril 2009

Bulletin spécial

video

Bon! C'est fait! Le Guide de la flore urbaine est publié!

La falaise Saint-Jacques 1

La falaise Saint-Jacques et la cour de triage Turcot vus du viaduc Angrignon
vers le centre-ville. Le lac à la Loutre est sous cette gare de triage démantelée.



Il y a 10,000 ans la falaise donnait sur la Mer de Champlain et au début de Montréal le ruisseau Saint-Pierre et le lac à la Loutre étaient à son pied. La pente de la falaise boisée est trop raide pour la construction et c’est ce qui explique sa présence jusqu’à aujourd’hui. Une pente est aussi l’endroit idéal pour y décharger des camions de toutes sortes de matériaux...

La ville de Montréal en a fait un de ses écoterritoires (“territoires propices à la création de nouvelles aires protégées”). Depuis une trentaine d’années, divers plantations et travaux sans continuité y ont eu lieu mais pour l’instant, l’endroit n’est pas agréable à visiter. Les ronces et les moustiques en découragent plus d’un! De plus, c’est un dépotoir sous un camouflage d’arbres! Et cela n’est pas mieux qu’un dépotoir à ciel ouvert...Malgré le titre ronflant d’écoterritoire, une virtualité plus qu’un projet, cette nature vestigielle est à l’abandon.

voyez ici la carte que j’ai préparé.

C’est étonnant mais j’ai de loin préféré visiter et botaniser la rue Pullman au pied de la falaise et la gare de triage du CN maintenant démantelée. On en est rendu à préparer les grands travaux de l’échangeur Turcot. Ayant exploré l’endroit en naturaliste urbain je le trouve parfait comme il est...je trouverais regrettable tout ce qui ferait disparaître cet habitat ouvert, plat, sec et ensoleillé. À y regarder de plus près, toutes sortes d’accidents de terrains y assurent une variété de milieux et cela favorise la biodiversité. La présence de ruines, de grande surface asphaltée, d’amoncellements de débris de toutes sortes, de fossés humides, etc. heurtent notre idée d’une ville parfaite. Pour les espèces animales et végétales il en va tout autrement...

Tout cela combine parfaitement ma curiosité botanique et mon appréciation esthétique des ruines. Je ne crois pas que cela suffise toutefois à une argumentation vers la conservation en l’état...mais continuons...

Mon inventaire de la biodiversité végétale est incomplet mais il semble plus grand du côté des abords de la rue Pullman et des terrains vagues de l’ancienne cour de triage que dans le boisé de la falaise...En effet, les zones déconstruites offrent bien des opportunités pour les phénomènes de colonisation des végétaux. Sans connaître précisément pour l’instant le destin de cet endroit il faut profiter de son “entre-deux” et l’explorer en réfléchissant: il s’agit d’un milieu naturel de transition. Son passé industriel est en voie d’effacement et son éventuelle transformation et son “développement” se dessinent sur des tables inconnues.

Peut-être y ferons-nous un ensemble historiquement désincarné et uniforme de condos “verts” (ce qui est le dernier chic cher) pour faire oublier un travail beaucoup plus intéressant mais demandant un effort collectif: faire renaître le lac à la Loutre. Et garder les grands espaces, les terrains vagues, tout autour!

Qu’est-ce qu’une falaise sans l’eau à son pied? C’est une falaise morte...Pas très invitant...Un écoterritoire peut-il se constituer sur un aveuglément écologique, en dehors de l’histoire naturelle d’un lieu?


lundi 13 avril 2009

Signes du printemps 6


Ce qui m’ammena ici ce matin c’est la présence d’une colonie de Carduus nutans (chardon penché). Une autre plante qui atteint les 2 mètres+ de haut... Avec des fleurs magnifiques aimées des abeilles et des chardonnerets jaunes. DANGEUREUSEMENT ÉPINEUSE!!!! Tellement qu’elle blesse celui qui la regarde...de l’autre côté de la rue... Elle aussi je l’imagine dans ce concours horticole urbain où chacun présente ses plus extraordinaires spécimens.

À gauche: une rosette de cette “méchante et mauvaise herbe”. Au centre: Artemisia absinthium (armoise absinthe), une des “diaboliques mauvaises herbes”... La base des tiges de la vivace se met à bourgeonner.

À droite: sur les trottoirs une autre vivace: Linaria vulgaris (linaire vulgaire) qui fleurira tout l’été.


Signes du printemps 5





À gauche: Oenethera biennis (onagre bisannuelle), avec sa rosette de feuilles ayant passé l’hiver sous la neige, roussie maintenant ses nouvelles feuilles au soleil. La veine centrale blanche permet de la reconnaître. Au centre: je n’ai pas identifié cette plante, qui semble bien être une Astéracée, mais le temps trop froid ce matin ne me permets pas de m’attarder!

À droite: Verbascum thapsus (grande molène), sa grande rosette très reconnaissable produirant une inflorescence cet été. Ses inflorescences atteignent plus de 2 mètres dans les meilleures conditions. Je ne sais pourquoi on ne la cultive pas. Un concours horticole de la plus grande des grandes molènes serait une bonne façon de présenter les “mauvaises herbes” sous un jour positif!


Signes du printemps 4


J’ai fait la visite d’une marge négligée (heureusement, si vous voulez mon avis...) d’un stationnement dans mon quartier. Quelles plantes ont commencé leur croissance? Ce sont des vivaces ou des bisannuelles qui “partent” le plus tôt. Elles ont passé l’hiver grâce aux parties souterraines qui restent vivantes. Dès que la neige est fondue et que le sol se réchauffe elle profite de cet avantage d’une longueur d’avance sur d’autres végétaux.

À gauche: Silene latifolia (silène blanc ou lychnide blanche), reconnaissable aux feuilles finement pubescentes et aux tiges noueuses séchées de l’an passé qui révèlent des feuilles opposées. Au centre Tanacetum vulgare (tanaisie vulgaire), et Daucus carota (la carote sauvage) dont on aperçoit la “carotte” pâle qui porte les feuilles.

(cliquez sur les photos pour voir un peu plus grand)

dimanche 12 avril 2009

Un iris marcheur

 
Une autre signe du printemps. Neomarica gracilis, en fleur à Pâques! Serge m’a donné l’année passée une division de cette plante que je n’avais plus depuis très longtemps.

Les fleurs parfumées ne durent qu’un jour et c’est le bon!


samedi 11 avril 2009

Signes du printemps 3



Toujours au même endroit, question de constater ce qui se met à pousser dans le ballast de la voie ferrée. De gauche à droite: Barbarea vulgaris, qui fera belles taches jaunes bientôt; une potentille et la centaurée diffuse.


Signes du printemps 2



Je suis allé aussi examiner l’endroit où j’ai trouvé la verveine prostrée. Aucune trace encore, c’est trop tôt. Mauvaise nouvelle toutefois. Les foutus piquets d’arpentage sur la photo du centre sont exactement au locus classicus, au “spot” quoi! où j’ai trouvé cette nouvelle espèce pour le territoire québécois.


Je crois que c’est l’endroit où l’arrondissement bâtira un garage pour y mettre des camions d’entretien. Je savais pas qu’il y avait un si cruel manque de “parking à truck”. Excusez ce language, je suis contrarié par ce projet sur mon spot de Verbena bracteata! C’est cruel!

Je vous ai déjà parlé déjà du tussilage (4 avril, 2009). Les photos illustrant l’article dataient de quelques années. Le voici en fleur aujourd’hui et, comme toujours, avec une mouche qui profitent du bon nectar qui réchauffe le coeur...Bon! on se salit un peu avec du pollen mais ça fera plus de nectar pour l’an prochain.




Signes du printemps 1







Je suis allé au terrain vague le Champ des Possibles. Emily Rose-Michaud y était avec quelques amis. Tous étaient occupés à nettoyer l’endroit. Des citoyens qui s’occupent d’un terrain vague le convertissent ainsi en parc-jardin. Qui pourrait contester la règle de l’usage... Rateler cet aménagement alors qu’il y a encore un immense banc de neige à côté est un signe certain du printemps et de la détermination de ces gens.




vendredi 10 avril 2009

Les languages des fleurs

Potentilla recta en lumière du jour, à droite en lumière UV
photos: Bjørn Rørslett, http://www.naturfotograf.com/

Quel regard portons-nous sur la fleur spontanée? Que voyons-nous quand nous regardons une mauvaise herbe en fleur? Le jugement de la valeur d’une plante porte sur des critères de “beauté” ou d’utilité: de notre perspective humaine évidemment. Il peut arriver que nous élargissions notre perception en tenant compte de la place qu’occupe cette plante dans l’écologie. Il peut aussi arriver que cette écologie soit celle de la nature urbaine.

Ouvrir cette porte de l’appréciation du rôle écologique des mauvaises herbes c’est pénétrer une réalité à laquelle nous sommes ordinairement aveugle.

Les insectes ne voient pas le monde comme nous. Ils ne cherchent pas la beauté d’une plante. Les abeilles ne s'interrogent pas sur la nationalité d’une plante. Ils cherchent de la nourriture: du nectar ou du pollen. Quand à savoir si une fleur généreuse en nectar devient pour elles “belle”...c’est une question pour laquelle nous devrons attendre la réponse...

Les insectes ne cherchent pas tellement une couleur qu’un motif distinctif. C’est ainsi qu’elles trouvent les meilleures sources de nourriture. Ces motifs nous sont invisibles et on peut dire que nous ne voyons pas du tout la même chose. Les insectes ont une vision sensible aux rayonnement ultra-violet (UV) et les fleurs communiquent silencieusement et efficacement avec les insectes par des signaux UV.

La photo ci-haut nous montre la belle potentille dressée en lumière du jour, le spectre lumineux auquel nous sommes sensibles. La perception d’un insecte est différente: l’extrémité des pétales lui paraît blanche parce qu’elle réfléchit beaucoup de lumière UV. Le centre de la fleur absorbe ces rayons et parait alors noir. L’insecte ne cherche pas une fleur jaune, il cherche ce motif particulier indiquant la disponibilité de nectar ou de pollen.

Comment expliquer autrement que par une complexité insoupçonnée cette faculté des plantes de séduire autant les humains que les insectes. Et ce, par des moyens différents adaptés aux deux publics. La potentille est polyglotte...


jeudi 9 avril 2009

La biodiversité du Champ des Possibles





3 planches tirées du livre à paraître “Guide la flore urbaine”.
Les spécimens proviennent du Champ des Possibles


La biodiversité d’une agglomération urbaine inclut toutes les espèces vivantes qu’on y trouve. Si on est libre de désherber son jardin en retirant les mauvaises herbes, je ne crois pas qu’on puisse soustraire de la biodiversité urbaine les plantes que l’on trouve inintéressantes ou indésirables parce qu’étrangères.


Nous nous couperions alors l’herbe sous les pieds! L’humain est l’espèce la plus voyageuse et la plus adaptable. L’histoire humaine explique la présence prépondérante de populations d’origines européennes ici à Montréal. Rien d’étonnant à ce que de nombreuses plantes urbaines viennent elles aussi d’Europe. Retirer la légitimité à ces espèces revient à nier la légitimité des immigrants, nous tous, ici.


Si un milieu était habité seulement par des espèces indigènes ou s’il abritait une espèce indigène rare, qu’elle serait notre attitude? 

Le Champ des Possibles n’a pas beaucoup de plantes indigènes. Mais il a une intéressante variété de plantes, une grande biodiversité. Il a de plus des plantes rares. Elles ont le tort de ne pas être indigènes.


Bientôt donc, comme ce jardin sans jardinier semble devoir disparaître, le quartier sera privé d’une réserve écologique essentielle à sa biodiversité.


Voici une liste partielle des espèces végétales qu’on y trouve:


ACÉRACÉES (famille de l’érable)
  • Acer ginnala, érable ginnala, Amur maple
  • Acer negundo, érable à Giguère, Manitoba maple
  • Acer platanoides, érable de Norvège, Norway maple
  • Acer saccharinum, érable argenté, silver maple
ANACARDIACÉES (famille du vinaigrier)
  • Rhus typhina, sumac vinaigrier, staghorn sumac
APIACÉES (famille de la carotte)
  • Anthriscus sylvestris, anthrisque des bois, wild chervil
  • Daucus carota, carotte sauvage, wild carrot
  • Pastinaca sativa, panais sauvage, wild parsnip
ASCLÉPIADACÉES (famille de l’asclépiade)
  • Asclepias syriaca, asclépiade commune, common milkweed
ASTÉRACÉES (famille de la marguerite)
  • Ageratina altissima, eupatoire rugueuse, white snakeroot
  • Ambrosia artemisiifolia, petite herbe à poux, common ragweed
  • Arctium minus, bardane mineur, lesser burdock
  • Artemisia vulgaris, armoise vulgaire, common mugwort
  • Bidens frondosa, bident feuillu, devil's beggarticks
  • Centaurea diffusa, centaurée diffuse, white knapweed
  • Cichorium intybus, chicorée sauvage, chicory
  • Tanacetum vulgare, tanaisie, common tansy
  • Solidago canadensis, verge d'or du Canada, Canada goldenrod
  • Symphyotrichum lanceolatum, aster lancéolé, heartleaf aster
BORAGINACÉES (famille du myosotis)
  • Cynoglossum officinale, cynoglosse officinale, houndstongue
  • Echium vulgare,vipérine commune, common viper's bugloss
  • Lappula squarrosa, bardanette épineuse, bluebur
BRASSICACÉES (famille de la moutarde)
  • Barbarea vulgaris, barbarée vulgaire, yellow rocket
  • Erysimum cheiranthoides, vélar fausse-girofée, wormseed wallflower
  • Armoracia rusticana, raifort, horse radish
CAPRIFOLIACÉES (famille du chèvrefeuille)
  • Lonicera sp., chèvrefeuille, honeysuckle
CHÉNOPODIACÉES (famille du chou-gras)
  • Chenopodium album, chénopode blanc, lamb’s-quarters
  • Salsola kali, soude kali, common saltwort
  • Kochia scoparia, kochia à balais, kochia
CARYOPHYLLACÉES (famille de l’oeillet)
  • Silene vulgaris, silène enflé, bladder campion
  • Stellaria graminea, stellaire à feuilles de graminée, common stitchwort
CONVOLVULACÉES (famille du liseron)
  • Convolvulus arvensis, liseron des champs, field bindweed
EUPHORBIACÉES (famille de l’euphorbe)
  • Chamaesyce maculata, euphorbe maculée, hairy-fruited spurge
FABACÉES (famille du pois)
  • Caragana arborescens, caragana, Siberian pea shrub
  • Trifolium pratense, trèfle rouge, red clover
  • Vicia cracca, vesce jargeau, tufted vetch
  • Lotus corniculatus, lotier corniculé, bird's-foot trefoil
  • Medicago sativa, luzerne cultivée, alfalfa
  • Medicago lupulina, luzerne lupuline, black medick
  • Melilotus officinalis, mélilot jaune, yellow sweet clover
  • Lathyrus latifolius, gesse à feuilles larges, perennial pea
HYPÉRICACÉES (famille du millepertuis)
  • Hypericum perforatum, millepertuis commun, St. John's-wort
IRIDACÉES (famille de l'iris)
  • Sisirynchium angustifolium, bermudienne, blue-eyed grass
JUGLANDACÉES (famille du noyer)
  • Juglans nigra, noyer noir, black walnut
OLÉACÉES (famille de l'olivier)
  • Fraxinus pennsylvanica var. austini, frêne rouge, northern red ash
RANUNCULACÉES (famille de la renoncule)
  • Ranunculus repens, renoncule rampante, creeping buttercup
ROSACÉES (famille de la rose)
  • Malus pumila, pommier cultivé, appletree
  • Potentilla argentea, potentille argentée, silvery cinquefoil
  • Potentilla recta, potentille dressée, sulphur cinquefoil
  • Potentilla norvegica, potentille de Montpellier, rough cinquefoil
  • Prunus virginiana, cerisier de Virginie, red choke cherry
  • Sorbus americana, sorbier d’Amérique, american mountain ash
SALICACÉES (famille du saule)
  • Populus balsamifera, peuplier baumier, balsam poplar
  • Populus deltoides, peuplier deltoïde, eastern cottonwood
SCROPHULARIACÉES (famille de la linaire)
  • Linaria vulgaris, linaire vulgaire, yellow toadflax
  • Verbascum thapsus, grande molène, common mullein
  • Chaenorrhinum minus, chénorhinum mineur, dwarf snapdragon
SOLANACÉES (famille de la tomate)
  • Solanum dulcamara, morelle douce-amère, climbing nightshade
ULMACÉES (famille de l’orme)
  • Ulmus americana, orme d’Amérique, white elm
  • Ulmus pumila, orme de Sibérie, Siberian elm
VALÉRIANACÉES (famille de la valériane)
  • Valeriana officinalis, valériane officinale, common valerian
VERBÉNACÉES (famille de la verveine)
  • Verbena bracteata, verveine prostrée, bracted vervain
VITACÉES (famille de la vigne)
  • Parthenocissus quinquefolia vigne vierge à cinq folioles, Virginia creeper




    Emily *un jardin de* Rose Michaud

     


     Emily s'habille d'un pré. Le symbole Pax Cultura et le Maguire-Roerich



    Quand j’ai croisé Emily elle était occupée à soigner une curieuse plate-bande circulaire dans un terrain vague que mes dossiers nommaient CP-Henri-Julien. Tout en documentant la flore urbaine, quand l’occasion se présente, je note ce que les gens font avec la flore spontanée ou les terrains vagues. J’avais donc remarqué plus tôt que l’endroit était le lieu d’une intervention de land-art. Je rencontrais donc un nouveau sujet pour mon dossier “ethnobotanique”.


    Son installation-plantation est un grand cercle contenant trois points ronds: c’est le symbole de Pax Cultura. Ce symbole est peint sur le toit des lieux culturels à la façon de peindre le toit d’un hopital d’une croix rouge lors d’un conflit armé afin de le préserver des bombardements. Le peintre russe Roerich est le concepteur de ce symbole. Le travail d’Emily partait de cette volonté de préservation des lieux culturels mais l’étendait à la conservation d’un terrain vague. Le point de vue de l’artiste convergeait avec mon point de vue de naturaliste urbain au même endroit. Et sensiblement dans le même but.


    Ce terrain vague ne sera pas bombardé. Il sera “développé”. On le percera d’une rue, on y mettra des petits condos (tout le monde sait qu’il n’y en a pas assez...) et on procédera à la mise en ordre générale de ce chaos indésirable, infesté de mauvaises herbes.


    Malgré nos beaux discours sur la biodiversité, allons-nous procéder à un nettoyage “biologique”!

    Dans sa volonté d’art, Emily s’est rendu compte que de se battre contre les mauvaises herbes est une interminable bataille. Il vaut mieux faire avec. Est-ce pour cela qu’elle souhaite si ardemment voir préserver ce lieu où elle a reçu une leçon de résilience et d’utilité des espèces spontanées?


    Ce samedi une corvée de nettoyage aura lieu au Champ des Possibles. L’idée est de démontrer l’attachement des citoyens à ce lieu et d’avancer l’idée de sa conservation. C’est que la ville a des vues sur l’endroit. Je crains avec Emily que ces “vues” se traduisent en “perte de vue”.


    Je vous ferez connaître demain la liste partielle des végétaux et des animaux que l’on trouve dans ce terrain vague. Ainsi nous connaîtrons la perte de biodiversité dans ce quartier.





    mardi 7 avril 2009

    Et quelles plantes fleurissent le plus tard?

    Stellaria media

    Dans la famille de l’oeillet (les Caryophyllacées) le Stellaria media et Cerastium fontanum, se trouvent à l’occasion alors qu’il y a de la neige. Pour la première il ne faut pas aller bien loin au sud (Hamilton, Ontario) pour qu’elle fleurisse presque toute l’année. On la trouve en fait de la Floride au Yukon et au Labrador. La plante d’apparence frêle est en fait plutôt robuste et adaptable. Je l’ai vu en fleur le 5 décembre passé. Le même jour j’ai vu des Senecio vulgaris en fleur, couverts de neige fondante. Ce sont peut-être les deux espèces qui fleurissent le plus tard.

    Pour ces plantes, toutefois, ce n’est pas tellement le fait qu’elles soient hâtives qui explique la plus longue saison de floraison. Il suffit d’un redoux, d’une période où la température s’élève au-dessus de 0 celsius pendant quelques jours, pour permettre à nouveau la croissance et la floraison. C’est qu’elles résistent à des gels légers à la fin de la saison.

    La phénologie est la suite des changements d’une plante au cours d’une année. Le début de la croissance, ou la floraison, la feuillaison et la fructification. (Pas toujours dans le même ordre!) La phénologie se modifie avec les changements (réchauffements) climatiques. Les dates de ces stades phénologiques sont de plus en plus hâtives ou tardives. Et il y a une forte tendance...

    Les arbres fleurissent tôt et fleuriront de plus en plus tôt et certaines plantes fleurissent n’importe quand et bientôt presque toute l’année. À quand les colibris à Noël!


    Primavera, vraiment?

    À gauche la capselle, à droite le pissenlit


    Le printemps est là. Théoriquement du moins. On attendra pour les hirondelles. Malgré le mauvais temps cette semaine, les grandes concentrations urbaines ont un climat plus chaud que les environs. Si on ajoute le facteur du réchauffement climatique, la floraison des végétaux a lieu de plus en plus tôt. Cela est surtout remarquable chez les arbres. Si on regarde à une échelle plus petite du milieu urbain on trouve des micros-habitats encore plus chauds. Prenez l’exemple de la photo ci-haut: au pied d’un mur exposé plein sud, protégé du vent, à l’angle d’une surface pavée d'asphalte: vous avez un de ces micro-sites qui expliquent la floraison hâtive de certains petits végétaux.

    À part donc les arbres comme les érables ou les saules quelles espèces fleurissent le plus tôt? Je ne parle parle pas des crocus dans un jardin! Je parle de la flore spontanée, non-cultivée. Sur la photo on voit la capselle bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris) et un pissenlit (Taraxacum officinale) en fleurs. Tous les deux photographiés le 10 avril 2005. On trouvera ensuite la capselle en fleur tout l’été mais la plupart des individus de pissenlit fleurissent plus tard au printemps et sporadiquement plus tard à la fin de l’été. Pour cette année le pissenlit et la capselle ont déjà un feuillage bien développé et je vous communiquerai leur floraison bientôt.

    La capselle voit saison de croissance allongée par les deux bouts. Elle croît plus tard à l’automne et plus tôt au printemps. Et chaque jour entre les deux extrêmes. Évidemment je ne parle pas du même individu mais de l’ensemble diversifiés de ses populations. “Ensemble nous vaincrons!” Printemps ou pas!

    Pour en apprendre beaucoup sur les arbres, lisez plutôt le mardi des arbres de Bronwyn Chester.



    lundi 6 avril 2009

    La chicorée: Cichorium intybus









    Le terrain vague le Champ des Possibles est un habitat de choix de la chicorée. Sol bien drainé et ensoleillé, la plante prolifère. Tout le monde reconnaît la plante bien haute (jusqu’à 1,5 m.) avec ses grandes fleurs bleues. Elle nous vient d’Europe et d’Asie et pousse partout en Amérique du Nord ainsi qu’en Afrique et Amérique du Sud. Une plante que l’on qualifie alors de cosmopolite.


    La beauté des fleurs suffirait à expliquer ce phénomène. Mais les nombreux usages alimentaires, condimentaires et médicinaux ont aussi un rôle. Le radicchio italien est une de plus d’une dizaine de variétés cultivées de cette plante. Selvatico, ceriolo et castelfranco, etc. toutes les variétés ajoutent goût et couleur aux salades. Mêmes les fleurs sont comestibles. Les racines séchées et pulvérisées sont un succédané bien connu du café.


    La chicorée witloof des Belges et la barbe de capucin des Français sont aussi des variétés cultivées de notre plante. Les endives des Français sont toutefois issues d’une espèce voisine et presqu’identique: Cichorium endivia. Les anciens Égyptiens et les Grecs, les Romains puis les Arabes, tous ont appréciées Cichorium intybus. Clairement, nous semblons nous distinguer par notre indifférence! Évidemment notre regard blasé et notre méfiance des lieux qu’elle habite n’aide pas à son appréciation.


    Cet été je porterai attention aux curieux phénomènes des mouvements et des changements de couleur des fleurs de la chicorée. “En quelques heures ces fleurs deviennent roses, blanches, et finalement brunes.” nous dit Marie-Victorin. Il ajoute que les capitules (“fleurs” de la famille des Astéracées) “...s'épanouissent le matin, et se tournent vers le soleil...Vers le milieu du jour, les involucres se referment pour commencer à mûrir les achaines”. Mais d’autres sources affirment qu’il y a des variétés qui ont des fleurs blanches. Celles-ci ont-elles des changements de couleur? Restent-elles blanches?


    Quelques plantes vues au Champ des Possibles me donnent l’impression d’être cette variété. J’ai bien hâte que la saison de la chicorée arrive. Non pas pour la salade...






    Les ressources du Champ des Possibles




    Tout le monde ne considère pas les terrains vagues inutiles. Quant au pissenlit, si bien des gens l’arrachent ou l’extirpent et le malmènent, ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons.


    Cette retraitée des sweat-shops du quartier Mile End cueille des feuilles de pissenlit. En bonne italienne elle les consommera en salade ou les fera sauter dans l’huile avec de l’ail. Mais si l’endroit a l’air d’un champs ou un pré (un coin de son Italie natale?), il n’en est rien. Un ensemble industriel s’élevait ici et des voies ferroviaires du Canadian Pacific s'insinuaient entre les immeubles industriels vers les quais de chargement. Une centaine d’années d’usage industriel laisse sûrement quelques traces et je ne sais pas s’il est sage de consommer ces végétaux.


    La dame connaît ce passé industriel, elle travaillait ici et habite à deux coins de rue. Sa routine de cueillette de la ressource alimentaire, tôt le matin, illustre ce phénomène d’appropriation spontanée, “citoyenne”, d’un terrain vague. Un comportement humain d’utilisation des ressources et une immersion campagnarde et apaisante dans ce cas.


    La plupart des parcs de Montréal sont des réaffectations de carrières ou de dépotoirs. La décision de convertir ainsi ces espaces vient évidemment d’en haut. Nous élisons nos administrateurs puis nous sommes des administrés. Que devons-nous faire quand un espace à développer est déjà occupé, utilisé et en quelque sorte converti en endroit public de loisir et de détente, de rêve et de ressourcement? Les gens de ce quartier ont choisi cet espace et lui ont fait connaître une promotion par une promulgation muette et non-concertée. Ils en tirent des bénéfices gratuitement. Cela ressemble à un parc consensuel fait sur mesure. By the people, for the people...


    Cet endroit est de facto un parc. Il ne reste qu’à décider de son nom. “Petite Italie” est déjà pris, mais que pensez-vous du Champ des Possibles?



    Portrait d’un terrain vague: le Champ des Possibles


    Du trottoir (et certainement en voiture...) l’endroit a l’air de rien. Un terrain vague. On dit “vague” parce que le regard ne s’y attarde pas et la mémoire ne fait que prendre une note sans importance et sans détail. L’endroit ne mérite pas un effort d’attention plus grand: c’est un terrain vague.


    C’est un des premiers “brownfield” que j’ai exploré avec assiduité. Un brownfield est un terrain “post-industriel”. Le genre d’endroit qui devient habituellement un contrat de décontamination. Pourtant il s’est verdi par la flore spontanée qui s’y est installée. Et il prend une vocation par l’usage qu’en font les résidents du quartier.


    Comment le nommer? Le numéro de cadastre de la Ville? Lot # 2334609. Ou le Roerich Garden Project de l’artiste Emily Rose Michaud? Ou le Maguire Meadow? L’endroit est visité et traversé par bien des résidents du quartier: on s’y rend pour prendre l’air et le soleil, promener son chien ou faire de l’art: j’ai documenté l’attention que bien des artistes ont porté à l’endroit.


    J’y allais pour botaniser puis pour faire ce qu’il convient peut-être d’appeller de l’ethnobotanique urbaine. Quelle plantes y trouve-t-on? Que font les gens de ces espaces plus ou moins verts, avec les plantes qu’on y trouve ou qu’on y apporte? Comment un “brownfield” devient-il un espace vert?


    Apparemment...tout seul!


    J’y ai fait de nombreuses découvertes et rencontres, suffisamment pour justifier une petite série dans ce blog.



    dimanche 5 avril 2009

    Nomenclature: anthropanthe, phytanthrope, phytophile?



    Un pétroglyphe sur le Mont Royal



    Permettez mon plaisir à faire des néologismes. Je cherchais un terme pour désigner les personnes s’intéressant au monde végétal en milieu urbain. Dans ce blog je vais faire le portrait de personnes rencontrées dans mes expéditions “intra-insulaires”. J’ai donc besoin d’un terme générique pour les nommer. Ce ne sont pas des jardiniers, horticulteurs, botanistes, biologistes, phytogéographes, biologistes moléculaires, cols bleus ou cols blancs. Ce sont des sans-cols, mais ils ont une tête!

    En anglais on dit “plant people” mais cela indique habituellement des producteurs, des hybrideurs, des professionnels de l’horticulture. Mais à partir de cette combinaison j’ai fait la suivante, qui vaut ce qu’elle vaut, anthropanthe, de “anthropanthos” (anthropos: humain, anthos: fleur). Bon cela fait “flower people” ou “gens de fleurs” et c’est inexact et approximatif. Et pas très élégant. Pour dire gens de plantes ce serait mieux “phytanthrope”.

    Résultat Google pour anthropanthe: 0, phytanthrope: 1. C’est pas mal, j’ai un néologisme et un quasi-néologisme! (Yannick: pas de raillerie sur mes sources lexicographiques...)

    Mais si on veut plutôt dire “qui s’intéresse aux plantes”, que pensez-vous de “phytophile”? Malheureusement l’expression est utilisée pour des poissons se nourrissant de plantes aquatiques. Ce mot est très mal choisi d’ailleurs, “phytophage” (se nourrissant de plante) serait mieux indiqué pour ces poissons. Le cas ressemble à celui de “francophone”: sur le modèle de “polyglotte” (qui parle plusieurs langues) ne devrait-on pas dire “francoglotte”? Je crois que si on pousse cette construction plus loin on découvre la difficulté: un “anglophone” devient alors un “angloglotte”. Espérons que cette personne ne soit pas née à Gloucester! Imaginez: mon voisin est un angloglotte de Gloucester...ou il est un glypticien francoglotte...

    Lecteur, tu es plein de ressources! Comment nommer ces gens qui s’intéresse aux végétaux urbains, à la flore urbaine? Naturaliste urbain ferait-il l’affaire?



    samedi 4 avril 2009

    Tussilago farfara: premier nectar.

    à gauche: le pissenlit, à droite le tussilage




    Dès la mi-avril les fleurs du tussilage pas-d'âne (coltsfoot) offrent la première source de glucose et de fructose: du nectar. Et les quelques insectes émergés de l’hibernation les visitent avec soif et appétit. Mouches, guêpes et abeilles font le plein. La plante dépend des de ces pollinisateurs affamés, elle est strictement xénogame et requiert du pollen d’une autre plante. Signe que l’échange de nourriture est équitable c’est plus de 95% des fleurs d’un capitule qui produisent des graines.

    Les fleurs apparaissent bien avant le feuillage qui suivra avec la maturation des graines. On remarque facilement le jaune brillant de la fleur alors que le sol est encore dépourvu de toute végétation. Cette couleur n’est toutefois pas perçue par les insectes. Dans leur vision en noir et blanc c’est un motif perceptible en ultra-violet seulement qui les attire. L’extrémité des pétales et les étamines émettent de plus un parfum. La signalisation multi-sensorielle est efficace et la plante est commune.

    Les feuilles d’une dizaine de centimètres émergent plus tard que les fleurs et en milieu un peu ombragé et humide elles atteignent des dimensions assez imposantes, jusqu’à une trentaine de centimètres. L’étalement de plusieurs feuilles aussi développées est spectaculaire.

    Si vous voyez un pissenlit en fleur tôt au printemps dans un sol humide ce n’est pas un pissenlit! C’est un tussilage et les nombreuses bractées brun-pourpres de la tige (l’inflorescence) le distingue facilement. Le pissenlit (Taraxacum officinale) fleurit bien plus tard et après avoir fait grand feuillage.

    Les deux plantes sont également méprisées par les humains toutefois! Un jaune aussi bâtard!



    In memoriam, ko-tachitsubo-sumire



    Une des premières curiosités qui me donna la piqûre de la flore urbaine est une petite violette au feuillage panaché. La plante n’avait plus de fleur mais un court pédoncule portait une capsule sèche et ouverte: les graines s’étaient disséminées. Trois étés de suite elle se trouvait là au pied d’un mur sur la rue Marie-Anne. J’y allais irrégulièrement sans jamais voir la fleur. Le dernier été, quelques semaines sans pluie eurent raison de la violette coréenne. Je m’en veut encore d’avoir hésité à intervenir et aller l’arroser! Quel curieux raisonnement j’avais alors: observer la nature interdirait d’intervenir!

    On ne m’y prendra plus...Viola grypoceras var. exilis 'Sylettas' est un cultivar disponible par catalogue et à l’époque c’était une nouveauté horticole. Quel amateur de violette bien au courant s’était donc procuré des graines? Peut-être avait-il la plante sur son balcon ou à la fenêtre? La plante laissant ensuite tomber quelques graines sur le trottoir...puis elle réussit ensuite à se maintenir autour trois étés de suite. C’était pas mal et un peu d’appui de ma part aurait fait la différence.

    Elle origine de l’Asie de l’Est: Chine, Corée et Japon. Dans l’archipel japonais elle est distribué depuis le Sud des Kouriles jusqu’aux îles Ryūkyū. Depuis des forêts tempérés de conifères jusqu’aux régions sub-tropicales. C’est dire qu’elle est adaptable. Elle s’échappe des jardins au Missouri où elle est en voie de naturalisation.

    Pour ce que m’aurait coûté un litre d’eau et une marche de trois coins de rue...On ne m’y prendra plus!