lundi 30 novembre 2009

Fleurs de neige


mouron des oiseaux (Stellaria media, common chickweed, p.176) 

Techniquement et officiellement l'hiver arrive quand il y a de la neige dans mon attrape-plante. C'est évident. Il y avait de la neige ce matin...Voici donc deux plantes qui poussent et fleurissent à Montréal l'hiver. Ci-haut le mouron n'est pas exactement en fleur, les boutons ne sont pas tout à fait ouverts. Mais il est dans la neige...



matricaire odorante

Une autre sous la neige, déjà fondue... Matricaria discoidea (pineappleweed, p.125) mais la floraison ne fait aucun doute!

Il me reste à faire quelques photos demain pour documenter non seulement les plantes fleurissant après la première neige mais aussi celles qui fleurissent en décembre. C'est une toute autre catégorie voyez-vous...


Oh! Boy!


Comme il faisait noir quand je me suis levé je n'avais pas remarqué tout de suite le changement dans le paysage... Nous ne sommes pas en décembre, je crois bien que tout cela est illégal...



Je voulais vous parler de cet archipel inconnu que j'ai découvert. Une autre fois! Demain j'aurais quand même le plaisir de vous parler du "crachat de lune". "Du quoi?"


dimanche 29 novembre 2009

Les mauvaises herbes de Darwin


l’itinéraire de décembre 1831 à mai 1836

Durant son voyage de 5 ans autour du monde, à bord du Beagle, Darwin a récolté des centaines de spécimens de végétaux. Il est assez intéressant de constater que certains des spécimens récoltés dans des endroits qu’on pourrait croire isolés (à l’époque encore plus que maintenant!) étaient en fait des “mauvaises herbes”. Plus correctement, évidemment, il s’agit d’anthropophytes, de plantes voyageant avec les hommes (volontairement ou pas).



mouron et laiteron voyageaient déjà

Les spécimens d’origine européenne ci-haut: Stellaria media (mouron des oiseaux, common chickweed, p.176) des Îles Falkland et Sonchus asper (laiteron rude, spiny-leaf sow-thistle, p.131) de l’archipel de Chonos (Chili). Le mouron des oiseaux est la plante dont je parlais il y a quelques jours: voir le billet Course à rebours. Nous la verrons encore: elle se porte très bien et j’essaierai de la photographier en décembre (elle ne sera pas la seule) et éventuellement dans la neige, ce qui est déjà plus intéressant...

Tous les spécimens végétaux, plantes indigènes et étrangères, amassés par le naturaliste sont aujourd’hui réunis et entièrement consultables en ligne à l’adresse suivante:


Amenez-moi, je travaillerais dans la soute à charbon...jusqu’aux Falkland pour voir le mouron!


vendredi 27 novembre 2009

Faire du paysage

côté face hier, vue vers le nord

Lumière faible et sans grand éclat, je suis allé faire du paysage. Un endroit sans intérêt évident où il ne se passe pas grand chose. Je fais du paysage avec mon trépied en plus, normalement c’est à main levée, les considérations techniques n’ayant pas beaucoup d’importance. Mais je veux documenter en traversant les saisons ces paysages presque et pas tout-à-fait, en fabrication.

Regardons un peu mieux: ce sont des peupliers deltoïdes et des peupliers faux-trembles qui peuplent l’endroit. Ils sont occupés, eux aussi, à faire du paysage...et du sol...Loin des yeux, loin du coeur: voilà ce qui m’amène ici. Je fais, nous faisons du paysage. Malgré tout.



 
côté pile il y a quelques semaines, vue vers le sud


Je reviendrai aux premières et aux grandes neiges aussi. Je passerai voir les bourgeons s’entrouvrir et colorer la grisaille. Combien et quelles couleurs sont nécessaires pour faire un paysage?

Un nouveau dossier est ouvert: la RéBU des Étourneaux est ici.



mercredi 25 novembre 2009

Course à rebours


fleurira dans la neige cette année?

Le mouron des oiseaux (Stellaria media, common chickweed, p.176) est je crois bien la dernière plante à fleurir. Comme je l’ai déjà indiqué il n’est pas rare de la voir encore en fleur alors qu’il y a de la neige. La colonie ci-haut s’est mis à germer et croître au mois d’octobre. Elle est installée dans un bac à fleur sur le trottoir et les propriétaires du resto ont des soins irréguliers: tantôt ils y mettent des fleurs, une autre année non. Des fois ils en plantent puis elles sont vandalisées et ils replantent. Mais toujours depuis plusieurs années le mouron y est présent...Ce hasard des soins expliquent la croissance tardive de cette nouvelle génération, la précédente ayant été “désherbée”. 24 novembre.



Sur cette autre photo prise ailleurs le 10 novembre on voit bien les poils en ligne sur un seul côté de la tige: c’est un caractère certain pour l’identification de la plante. Avec la maturation de la plante la tige s’allonge (comparez avec la photo plus haut).



Le galinsoga est partout en pleine floraison. Comme sur bien des trottoirs il est seul, il se remarque. Les spécimens ne sont pas tous aussi malingre que celui-ci trouvé dans le bac du resto plus haut. 24 novembre.



Le 10 novembre. À la voie ferrée le léontodon d’automne (à gauche) était encore bien présent. On le trouve souvent dans les platebandes et gazons où on le confond avec un pissenlit retardataire (il y en encore quelques-uns!)


Astéracée, diplotaxe des murs et persicaria, 11 novembre.


L'impatiente de Balfour. La plante semble un peu fragile, les fleurs certainement! Mais elle était encore en fleur il y dix jours dans des endroits protégés et ensoleillés. 12 novembre.




mardi 24 novembre 2009

Idées dangereuses

 
  l'arbre de Darwin


Quand j’étais enfant en jouant avec le chien de la famille (Mickey, un Lassie) j’avais été fasciné de constater qu’il avait un sens de l’humour. Je lancais le bout de bois et Mickey le prenait pour l’apporter plus loin et se couchait. Vous connaissez tous la suite... vous vous approchez et le chien happe la branche et se sauve plus loin... avec tout le triomphe d’une bonne blague... le chien inverse les rôles en rigolant et fait marcher le petit maître. Un classique n’est-ce pas?




 mon arbre pour M. Darwin
Ma tête d’enfant se perdait avec plaisir dans toutes sortes de réflexions sur cette conscience partagée avec une autre espèce. Avec quelles autres espèces cela était-il possible? Ma petite tête et mes maigres connaissances me permettaient de répondre: les singes et pas mal de mammifères, certainement, quelques oiseaux, curieusement. Et surtout: dans quelle position me plaçaient ces simples observations, ces germes de réponses? Où se situaient donc les humains parmi toutes les espèces? Sommes-nous au-dessus? Ou, justement, parmi...


une idée dangereuse

Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai trouvé un texte abrégé présentant les idées du grand naturaliste Charles Darwin. Et bien des germes d’idées trouvaient soudainement réponses. Mon héros Robinson Crusoé avait tout à coup beaucoup plus de travail sur son île... et Vendredi ne venait plus tous les jours.



une autre idée dangereuse

C’est aujourd’hui, il y a 150 ans, que paraissait le livre de Darwin “The Origin of Species”. Il y rapporte d’ailleurs la même anecdote à propos d’un chien... Mais surtout il présente une idée importante qui va tout bouleverser. Essentiellement son idée est simple: toutes les espèces, et le petit maître et le chien, sont liées comme les branches d’un arbre et c’est pourtant encore aujourd’hui une idée dangereuse. Je vous présente donc quelques idées dangereuses de mon cru. Si le mot “chien” n’a jamais mordu personne comment en sommes-nous arrivés à craindre tant de mots que nous avons épuisé les dictionnaires et devons maintenant nous en prendre aux images?



terrain de jeu ou terrain glissant?

Non plus: où allons-nous? Mais: où irons-nous?



dimanche 22 novembre 2009

Le clip du dimanche



Des vignes vierges plantées au rez de chaussée pousse jusqu'à ma fenêtre deux étages plus haut. La vigne produit une grande quantité de fruits et les étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) viennent s'en gaver à tous les jours. Cela dure depuis des années et je suis encore toujours ému et ravi de la visite des bruyants visiteurs.

Vous avez probablement vu de ces films des masses compactes et agiles qui réunissent toutes les troupes de quelques kilomètres à la ronde. Il n'y en a pas autant à Montréal et je n'ai pas de caméra vidéo. Je crois que ce petit film fera l'affaire pour saluer l'étourneau.



samedi 21 novembre 2009

Du pinceau à la pioche



Curieux palimpseste: une murale peinte dans une ruelle au coin de Sainte-Catherine dans Hochelaga. C’est un appel à la verduration et on veut des fleurs, d’énormes fleurs! Un motif récurrent dans tous les quartiers denses, intensément bétonnés et recouverts, sans grandes failles, d’asphalte.

Sur le mur de brique on a peint des fleurs grosses comme un souhait de fertilité avec des arbres proportionnellement réduits. Et à son pied devant, dans la faille de cette stérilité minérale, de vrais ormes de Sibérie semés par le vent, toujours volontaires en verdissement.

Remarquera-t-on que le souhait a spontanément trouvé un début de réponse?

Nos représentations de la nature portent des préoccupations humaines qu’on  ne prend pas toujours le temps d’analyser. Ces représentations remplacent-elles la volonté aveugle des végétaux? L’encourage-t-elle? Faut-il peindre les murs ou retirer du béton? Les végétaux colonisent ce qui est colonisable. Et eux aussi ont une demande: rendez-nous un peu de sol à coloniser, nous verdirons avec plaisir et empressement. Le souhait a-t-il trouvé sa réponse?


mercredi 18 novembre 2009

Champ d’étude voyageur


l’appel au Champ Dormant

Quand tout est fait de la bonne lumière et de la chaleur, les végétaux ferment boutique, se dénudent de l’inutile, entrent sous terre. Ils se départissent du gélif et ne gardent que les pieds au chaud. Encore: ils meurent et se défont. De toute la population d’une espèce souvent il ne restera pour l’hiver que la forme patiente du printemps: les graines des annuelles par exemple. Un peuple entier disparu dont ne reste que des petits morceaux de rêve. Des embryons faits pour attendre. Ou voyager. Les graines des plantes sont de petites machines à traverser l’espace et le temps.



échantillons campestres

Cette vie suspendue des plantes, ce curieux hiatus des générations où tout le monde disparaît, est donc bien plus qu’une hibernation, un pont vers une autre saison. Les yeux fermés on attend ce qui arrivera: mais aussi, quand nous les ouvrirons, où serons-nous? De quoi sera fait le milieu? Avec les graines les plantes sont préparées à faire face à tout. Pour voyager elles envoient la génération suivante qui n’amène que le minimum et se fait légère: un vecteur (vent, oiseau, humain) s’occupe de toute cette dépense en énergie pour se déplacer. Se moquer de l’immobilité des végétaux c’est notre façon de nier qu’ils se servent de nous...comme des oiseaux ou du vent. Notre excès d’animation est tout ce qui leur faut pour voyager un maximum.


carottes ensommeillées

Le vent, lui, ne pose pas de question: lui aussi pousse et porte fruit. Les végétaux comptent sur la plus complète miniaturisation de toutes pièces d’équipements: ce n’est pas l’organe qu’ils apportent, c’est son ébauche à ressort et le plan pour construire le reste, le code génétique. Prêts à bondir quand l’occasion se présente. C’est toute la confiance en leur adaptabilité qu’ont les végétaux. Et au cas où, ils feront d’énormes quantités de petits voyageurs sans autres investissements parentaux. Avec ce code et aux simples conditions de trouver de l’eau, de la lumière et de l’air ils construisent ensuite sur le champ tout le nécessaire. Cette permanente relocalisation de l’entreprise (du quartier industriel au complet!) a été inventé il y a bien longtemps.



chicorée rêvant

Une parcimonie trompeuse donc la graine. La force du tigre et la taille de l’éléphant comprimées dans quelques millimètres. On se trompe comme on se trompe habituellement quand on juge les végétaux: des simplets croit-on, à peine différents d’un caillou ou d’un nuage. Mais des simplets avec un code génétique plus grand que le nôtre bien souvent! Tant d’efforts investis dans cette fausse parcimonie. Avez-vous remarqué que nous sommes entourés? Et que nous sommes dépendants...



dans la paume de ma main: tout un champ portatif et embryonnaire

Et sous la ligne de gel n’imaginez pas que ces graines font rien. Des processus discrets et lents ont lieu: la stratification par exemple. Pour bien des espèces ce passage obligé avant la germination est une forme de comptage des jours, on mesure le temps et on lit la météo. Mais il y a plus. Est-on profondément enfoui, on attend. Des décennies. Un coup de pelle des humains nous ramènent à la surface: on bondit! Les plantes savent donc se situer dans la profondeur du sol. Elles se dépenseront innombrables sans compter. La banque est grande. Patience de l’opportunité ou tir tous azimuts: même combat!


un peu plus loin, un peu plus tard


Qu’avez-vous dans la main Monsieur? J’ai pris le champs, Madame, et je l'amène plus loin.

Champ d’étude voyageur: il y a de l’eau sur la lune.




mardi 17 novembre 2009

Potentiel de croissance


Des nouveaux membres de mon blogue et cela me comble. Bienvenu! J’en profite pour vous saluer tous, chers membres et autres lecteurs arrivés de partout par le fil d’Ariane tentaculaire qui maille la planète.

Henri Lessard a un blogue qui a pour but de faire connaître la géologie de la région de Gatineau, un morceau à la fois. Il nous présente la géologie variée d’un coin de l’Outaouais avec les formations les plus fascinantes: stromatolites, marmites, etc. La géologie superbement illustrée et expliquée dans le détail. Henri s’excuse presque d’être un amateur. À voir son travail, on en veux des amateurs! C’est pas ici qu’on va s’en plaindre!

Quel franc plaisir!

Le blogue d’Henri: Géo-Outaouais

Évidemment les nouveaux membres veut aussi dire (j’oublie à l’occasion) qu’on me lit...alors que je raconte souvent n’importe quoi! Un blogue c’est du direct...avec tous les périls: fautes d’orthographes, erreurs d’identification de certaines espèces, paresse, laisser-aller, coups de gueule et autres limitations de l’auteur...

On espère que la somme des qualités est au moins aussi grande que celle des défauts! On souhaite aussi que l’effet minimal soit de stimuler un regard plus attentionné à la biodiversité urbaine. Je n’en suis après tout que l’essayiste et le scribe...

En attendant, perfectionnons notre géologie!



dimanche 15 novembre 2009

Salon du livre de Montréal 2009


feuille après feuille...page après page

Je serai au Salon du livre pour des séances de signature. C’est l’occasion de faire signer les quelques exemplaires de mon livre que vous avez. Je suis occupé à tester les crayons, plumes, stylos-billes, feutres, stylets infographiques divers et je m’exerce à l’autographie manuscrite cursive en temps réel. C’est pas simple...




crayons à autographes et prière à Saint Roch


Je prie Saint Roch, le patron des apothicaires, paveurs de rues, fourreurs, pelletiers, des animaux et des végétaux. Il est alors mon patron et grand protecteur de la biodiversité urbaine (j’imagine...). «À la Saint-Roch, les noisettes on croque.» Voilà, j’écris pour vous rencontrer (le fruit de mon travail, quoi...) et j’espère avoir ce grand plaisir à ces occasions:


Vendredi 20 novembre de 17h30 à 18h30
Samedi 21 novembre 12h00 à 12h30
Éditions Fides, kiosque 652

informations du Salon ici


vendredi 13 novembre 2009

Timide zone humide?


pas grand chose ici? osons!

Un dernier bout de terrain imprécis sur Saint-Grégoire devant le parc Laurier. Les immeubles à condos voisins annoncent évidemment “condos sur le parc”. Collectivement nous offrons au promoteur cette plus-value. Comme bien d’autres parcs celui-ci est une ancienne carrière qui a ensuite servi de dépotoir avant sa vocation actuelle: attracteur immobilier!



îlot de nature?

Le terrain vague quant à lui est déjà en partie dépotoir! Il s’ensuit assez naturellement qu’on devra le transformer en RéBU: une réserve de biodiversité urbaine. En général une simple déclaration suffit à cette démonstration d’ouverture aux autres. L’espace en verdissement spontané, lui, fait de louables efforts: il y a même un étang!



nous ne portons pas toujours attention

Une surface assez réduite mais morphologiquement variée: en plus de l’eau qui s’accumule dans le creux on y trouve une pente parfaite pour installer des aubépines parmi les vinaigriers déjà présents.





point de vue

“Puis-je?” semble nous demander cet espace. “J’aimerais vous proposer...” C’est la biodiversité qui parle ainsi...à supposer que nous écoutions! Parce que de son côté la biodiversité urbaine parle à en pas douter, ça veut! Ça agit au mieux entre deux projets, malgré l’injure ou l’indifférence.





même le saule discolore, Salix discolor, a trouvé l’endroit 


Voix au chapitre? Siège au conseil? La meilleure place de la biodiversité n’est-elle pas en milieu urbain: avec nous? Pour la majorité des humains urbains la nature est un lointain concept, un projet au-delà des ponts de notre île. Comment mieux donner une idée de la biodiversité globale que de la démontrer ici et maintenant, en temps réel? Comment faire l’amorce d’une réflexion sur un partage équitable de l’espace et des ressources?




le cousin du saule donne un coup de main


Le parc Laurier découle d’une vision minimaliste de la nature pour des besoins humains: quelques arbres sur une surface gazonnée, aires de jeu (y compris pour chiens) et terrains de sport. Est-ce même encore suffisant comme représentation de la nature? Est-ce encore un espace vert? Quel chemin avons-nous parcouru en la matière?

La biodiversité est-elle locataire temporaire et migrante perpétuelle ou sera-t-elle résidente permanente en ville? Dans les condos les nouveaux résidents se verront attribués des jumelles et un filet à papillon. Des bottes de caoutchouc permettront à tous de faire un peu d’exercice dans cet aire de jeu partagée avec la biodiversité.

Un espace vert c’est bien, deux c’est mieux!


mercredi 11 novembre 2009

Cryptozoologie urbaine: l’oursin des rails


C’est peut-être ma dernière occasion de visiter la voie ferrée. Je suis venu chercher des graines d’Euphorbiacées pour l’étude de la myrmécochorie. Euphorbia davidii et Chamaesyce nutans ne pousse qu’ici et on trouve aussi Chamaesyce maculata. Mais ce sont de bien curieux fruits qui m’attendent... 




De bien curieux appâts qu’on a installé ainsi dans cet arbre. Pomme, poire et prune...à hauteur d’homme...Je n’ai rien apporté à croquer mais il vaut mieux être prudent, ce n’est quand même pas pour moi ces fruits! 



Un cri de faucon attire mon attention: je me tourne et c’est un faucon émerillon (Falco columbarius) qui s’envole. Il est resté un bon moment au-dessus de ce petit terrain vague à côté de la voie ferrée. 




Puis au loin je voyais une drôle de chose qui semblait se déplacer dans le ballast. Me rapprochant cela ressemblait à un oursin mais en mou...tout tremblotant...avançant péniblement. Quelle chance! je crois bien qu’il s’agit de l’oursin des rails (Molliderma canularis), un de ces animaux tellement rares et étranges qu’on a peine à croire qu’ils existent vraiment! Je n’ose pas trop m’approcher.



L’embranchement des Mollidermata ne compte que très peu d’espèces. L’oursin des rails est la seule espèce que l’on trouve en Amérique du Nord. Aussi appelé oursin de ballast, l’animal est très rarement observé. Décrit par Rafinesque en 1828 et comme les spécimens ont été perdu, tout le monde croyait à une mystification. Ce n’est qu’en 1893 que la très rare créature fût à nouveau trouvé. Son histoire naturelle demeure toutefois inconnue. Sur la photo on voit l’oursin mou “courrir” en direction de cette citrouille.



Incroyable! l’oursin des rails semble définitivement intéressé par la cucurbitacée et tourne autour en grognant! Puis il se met à mordre! Scène effrayante que je me dois de documenter. Il se nourrit de citrouilles! Voilà pourquoi toutes les observations sont faites tard à l’automne.




L’animal est vorace! J’imagine que les occasions de se nourrir sont rares (je n’ai en effet pas souvent trouvé des citrouilles sur la voie ferrée). Une bien curieuse adaptation et sa couleur de camouflage explique peut-être qu’on ne le remarque pas sur les trottoirs où les citrouilles pullulent à ce temps de l’année.




Il faut supposer que l’utilisation de la citrouille à la fête de l’Halloween a probablement favorisé sa survie en milieu urbain. Les photos montrent qu’il se nourrit aussi d’autres fruits dont la présence sur la voie ferrée reste à élucider.

Il semble donc que des gens appâtent les oursins. La méthode est en partie douteuse, les oursins ne grimpent jamais aux arbres. Placés sur la voie ferrée les fruits semblent faire l’affaire toutefois. Et cela indique aussi que je ne suis pas le seul à connaître la bestiole. La solitude du naturaliste urbain se trouve tout à coup moins grande.


lundi 9 novembre 2009

Fleurs de novembre


lieu de démolition récente


L'immeuble était abandonné déjà depuis quelques années et se ruinait lentement. Un mur de brique s'était effondré et on dût fermer le trottoir. C'est le genre de situation qui perdure, apparemment sans solution...propriétaires absents, débat de légitimité, sécurité et risque d'incendie...



eupatoire rugueuse, bident feuillu et  vélar fausse-giroflée


La cour arrière de la propriété s'était déjà végétalisée avec générosité quand on entreprit la démolition. Puis se fût un trou qu'on vient tout juste de combler. C'est tout près de chez moi, j'ai déjà pas mal de photos et je me fais un devoir de suivre le destin végétal de l'endroit.


 

chou gras et laitue

Aujourd'hui 9 novembre qu'est-ce qui fleurit coin Laval et Duluth? En plus des espèces photographiées il y avait encore la dernière fleur de l'impatiente de Balfour et Galinsoga ciliata encore bien productif. Un espace vert se déploiera au printemps prochain devant nous, jusqu'à quand?



vendredi 6 novembre 2009

Fruits de novembre


la Norvège en novembre (son érable...)


Je suis occupé ces jours-ci à prendre des spécimens de graines de toutes sortes pour ma petite recherche sur la myrmécochorie. J’étais dans le coin et je suis allé visité le Champs des Possibles. Ce doit bien être la centième fois que j’y vais et je trouve encore des surprises...





couleur du possible (Acer platanoides)



érable ginnala, érable à Giguère et frêne rouge

Les graines volantes, les hélicoptères des érables sont des disamares. Elles se présentent en pair: di (deux) samares. Les fruits du frêne sont seuls sur leur pédoncule on dit : samare. Ces trois espèces sont particulièrement productives en fait de fruits volants. Pas étonnant qu’on les trouve partout. Mais ce n’est pas nouveau...où est la surprise?



la pomme d’Ève et le gland de Jupiter!


Alors que je photographiais les samares et disamares du Champs un arbre un peu plus loin attira mon attention: il portait une pomme! Durant l’été il est dans un groupe trop dense de toutes sortes d’arbres qui ont maintenant perdu leurs feuilles. Étonné je me demandais qui avait placé cette pomme dans cet arbre...Je me disais “quel canular!”. Pas du tout la pomme était bien attachée par son pédoncule à la branche et un oiseau y avait plongé son bec. Ce devait pas être sa variété préférée! Je me sens bête, je devrais pouvoir nommer ce cultivar sans hésiter mais je n’en suis pas certain! Mais j’y pense: je vais y goûter à l’instant...donnez-moi une minute...

...ah, oui! C’est une Red Delicious...pas ma préférée moi non plus! Il y a donc trois variétés de pommes au Champ des Possibles. Quel jardin!




fruits de novembre


Après ce nouveau pommier c’est un érable à Giguère qui attire mon attention: complètement nu, avec un truc dans une fourche de branches...ça ressemblait à une noix de noyer...un écureuil l’avait sans doute caché là...j’ai pu l’atteindre. J’ai photographié le spécimen puis je l’ai goûté. Très dur à casser ces noix de noyers noirs (Juglans nigra)! Mais la chair est délicieusement parfumée et moins astringente que celle des noix de Grenoble (Juglans regia)! Ces noix ont une AOC appellation d'origine contrôlée.

Alors voilà: je lance tout de suite une nouvelle AOC: l’AOC du Champ des Possibles! Quel terroir! Ça assurera un niveau de protection des plus élevé: ça intéresse l’estomac!